Les retraites bientôt désindexées de l'inflation

Lors d'une nouvelle séance de négociation pour sauver les régimes complémentaires, le Medef a proposé de ne revaloriser les pensions que de 0,3 %. Une proposition d'économie choc qui ne déplaît pas à Jérôme Cahuzac.



Ne plus augmenter les pensions de retraite complémentaire en fonction de l'inflation. Lors d'une nouvelle séance de négociation avec les syndicats pour sauver les régimes Agirc (pour les seuls cadres) et Arrco (pour tous les salariés), le Medef a enfin précisé sa proposition choc afin d'éviter la banqueroute aux deux systèmes. L'organisation patronale propose ainsi de désindexer partiellement, dès le 1er avril, les pensions complémentaires par rapport à l'inflation, ce qui limiterait leur hausse à 0,3 % en 2013. Une mesure drastique dictée par l'urgence. «Les chiffres sont terrifiants, le besoin de financement atteint 7 à 10 milliards par an à l'horizon 2017», s'est ainsi alarmée mardi Laurence Parisot. «2017, c'est dans quatre ans», a-t-elle même rappelé, comme pour ne pas dire «c'est demain»…



Cette proposition revient «quasiment à un gel», s'offusquent les syndicats, pourtant convaincus de la nécessité de prendre des mesures d'urgence pour sauver le système. Mais tous ne sont pas d'accord avec la solution du Medef. La CGT, qui dénonce «des mesures régressives», a d'ailleurs présenté ses contrepropositions, principalement via des hausses des cotisations patronales.



La CFDT n'est pas opposée quant à elle au principe de désindexer les pensions. Mais elle veut protéger les retraités les plus modestes. «Sans stigmatiser les grosses retraites qui perçoivent 60 % des pensions versées, on ne peut pas frapper tout le monde de la même manière», fait valoir Jean-Louis Malys, le chef de file de la délégation CFDT. Il rappelle au passage que c'est le régime des cadres, l'Agirc, qui se trouve dans la situation la plus préoccupante: ses réserves seront épuisées dès 2017. Et il serait donc logique de réclamer plus à cette catégorie qu'aux autres salariés. Pas sûr que le syndicat de l'encadrement, la CFE-CGC, approuve…



Toujours est-il que le Medef s'est trouvé un allié de poids, et des moindres, pour porter une mesure très impopulaire: Jérôme Cahuzac. Si les partenaires sociaux décidaient de passer à l'acte, le ministre du Budget considère en effet que ce «serait un élément d'appréciation très important» et le gouvernement «ne pourra pas ne pas en tenir compte» dans le cadre de la future réforme des retraites programmée pour cette année, a-t-il reconnu dans Les Échos. Et pour cause: une fois décidée par les syndicats pour les retraites complémentaires, il aurait moins de scrupule pour l'imposer sur les pensions de base. Sans qu'ils puissent vraiment s'y opposer. Une sorte de «faites ce que je dis, pas ce que je fais» inversée. La sortie du ministre n'est en tout cas pas passée inaperçue. Surtout à l'UMP où l'on rappelle que la majorité a déjà mis à contribution les retraités, lors du budget de la Sécu, via une nouvelle contribution de 0,3 % sur leurs pensions.



Côté syndical, on a bien conscience que, depuis le début des négociations sur les retraites complémentaires, les partenaires sociaux font un peu office de «poissons-pilotes» sur ce dossier. Reste qu'à l'heure actuelle «rien n'est signé», martèle Jean-Louis Malys. Les négociateurs doivent en effet se rencontrer encore trois fois, d'ici au 7 mars, pour arrêter des mesures conservatoires afin de sauver les régimes complémentaires.



Pas de versement de dette sociale en 2013 vers la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades). Le gouvernement Ayrault n'a pas souhaité, dans le nouveau budget de la Sécurité sociale, transférer davantage de déficits sociaux (maladie, retraite…) vers la Cades, qui est chargée de les écouler sur les marchés pour la liquider d'ici à 2025. Il a préféré relever le découvert autorisé de la banque de la Sécu, à savoir l'Acoss, de 22 à 29,5 milliards d'euros. Une solution de facilité. S'il avait choisi une nouvelle fois de transférer tout ou partie de la dette sociale annuelle à la Cades, il aurait aussi dû lui octroyer les moyens de la financer, principalement via une (peu populaire) hausse de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) qu'acquittent tous les Français. Le pis-aller retenu reviendra toutefois plus cher à la France: les sommes qui lui seront forcément transférées à terme seront grevées par les intérêts sur la dette émise à court terme par l'Acoss pour financer son découvert.



Retraite: Parisot veut reculer l'âge de départ

La présidente du Medef met encore une fois sur la table la question d'une nouvelle réforme des ­retraites, mais dans un sens ­différent de l'exécutif.



Bien qu'empêtrée dans sa tentative de modifier les statuts pour rester à son poste deux ans de plus, Laurence Parisot n'a rien perdu de sa détermination à faire «bouger les lignes», pour reprendre le slogan du programme présidentiel du Medef en 2007. Lors de sa conférence de presse mensuelle mardi, où elle est apparue fatiguée et les traits tirés, la présidente de l'organisation patronale a mis encore une fois sur la table la question d'une nouvelle réforme des ­retraites, mais dans un sens ­différent de l'exécutif. «Il est ­illusoire de croire que les difficultés sont derrière nous après la ­réforme de 2010», a ­martelé la ­patronne des ­patrons.



Pour Laurence Parisot, les choses sont même presque aussi simples qu'en 2008 lorsqu'elle avait été la première à préconiser un recul de l'âge de départ à la retraite pour équilibrer à terme les régimes de retraite. Elle avait proposé de repousser le curseur jusqu'à 63 ou 65 ans, s'attirant alors les foudres de Nicolas Sarkozy au prétexte qu'une telle mesure ne figurait pas dans son programme de campagne. «Tous nos voisins ont choisi, à l'horizon 2035 ou 2040, de reculer l'âge légal de départ à 66 ou 67 ans, a-t-elle expliqué. On ne pourra pas résoudre les problèmes que nous connaissons avec des mesures du type de désindexation des pensions. Nous devons lancer le débat sur des orientations claires à moyen terme et la question de l'âge légal devra être reposée.»



Un trou de 20 milliards



Les mesures conservatoires à court terme, qui doivent être arrêtées par les partenaires sociaux pour sauver les régimes complémentaires de la banqueroute, ne suffiront pas. Le mal est plus global. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) l'a d'ailleurs clairement indiqué en décembre en chiffrant à 20 milliards d'euros le besoin de financement de l'ensemble des régimes en 2020. Et il devrait le refaire le 23 janvier en publiant un nouveau rapport, bien plus complet, sur «l'état des lieux du système français».



La réforme à venir, en tout cas, ne pourra être que globale. Pour la présidente du Medef, l'âge de départ ne devra pas être la seule variable d'ajustement. «C'est une combinaison optimale entre recul de l'âge de départ et allongement de la durée de cotisation qu'il convient de trouver», assure-t-elle. Non sans souffler quelques orientations plus générales sur les dépenses sociales qui lui tiennent à cœur et qu'elle répète à l'envi dès que l'occasion se présente.



«Je suis frappée de voir que le gouvernement n'aborde jamais la question, a-t-elle donc fustigé. François Hollande nous dit qu'il va devoir baisser de 60 milliards d'euros les dépenses publiques sur le quinquennat mais ne donne jamais les modalités ni les pistes pour y parvenir.» Pour elle, c'est pourtant on ne peut plus clair, la solution passe aussi par «une réforme du financement de la protection sociale, de l'Assurance-maladie».



Retraites : d'amples efforts seront encore nécessaires



Pour ramener à l'équilibre les comptes des régimes d'ici huit ans, le Conseil d'orientation des retraites présente trois scénarios : hausse des cotisations, baisse des pensions ou nouveau report de 9 mois l'âge de départ moyen à la retraite.



Comme attendu, le Conseil d'orientation des retraites (COR) a rendu publiques mercredi ses perspectives financières pour les régimes de retraite. Et comme attendu, elles sont mauvaises, très mauvaises même. Et ce, sur la base d'hypothèses pourtant relativement optimistes, comme un taux de croissance du PIB de 2% par an à partir de 2014 et une décrue du chômage. Selon ses calculs, le besoin de financement des 33 régimes de retraite de l'Hexagone (général, fonctionnaires, non-salariés et spéciaux) devrait se creuser sous l'effet de la crise, passant de 14 milliards en 2011 à 21,3 milliards en 2017.



Ensuite, tout dépendra de la baisse du nombre de demandeurs d'emplois. Dans le cas où le taux de chômage retomberait à 7,3%, le trou reculerait en 2020 jusqu'à 20,8 milliards «grâce au dynamisme accru des ressources lié à la diminution du chômage et à l'amélioration des salaires». Et dans l'autre, moins favorable en terme de chômage (7,8%), il progresserait pour se fixer sous la barre des 25 milliards. L'impact sur les âges de départ, sans nouvelle mesure correctrice, serait important. Dans le régime général, les salariés liquideraient leur retraite à 63,1 ans en 2022, contre 62 aujourd'hui. Et réduiraient un peu l'écart avec les fonctionnaires qui cesseraient leur activité à 58,7 ans à partir de 2025, contre 57,1 actuellement.



Pour atteindre l'équilibre en 2020, le COR propose trois pistes, combinables mais présentées isolément pour fixer les esprits. Primo, une hausse du taux de prélèvement global de 1,1 point, donc des cotisations, par rapport à aujourd'hui. Secundo, une baisse de 5% du montant des pensions. Et tertio, un allongement supplémentaire de 9 mois de l'âge effectif de départ en retraite, soit «un décalage au total d'environ un an et 9 mois par rapport à 2011», précise le COR.

Nouvelle réforme fin 2013



Pour la gauche, ces nouvelles prévisions sont la preuve que la réforme Woerth de 2010, dont la principale mesure a été de reculer de deux ans l'âge de départ en retraite, a été un échec. «La principale question, c'est à quoi cela a-t-il servi de faire ce qui a été fait, qui a été brutal, qui a été très injuste, dont on nous avait dit que ça permettrait de rééquilibrer le régime de retraite à l'horizon 2020?», a martelé Michel Sapin, le ministre du Travail.



Les chiffres actualisés du COR ont au moins une vertu: remettre, une nouvelle fois, le chantier des retraites sur le tapis. Le gouvernement attend le 22 janvier un nouveau rapport du COR d'état des lieux des régimes et portant sur les mécanismes d'acquisition des droits. Il désignera ensuite une «commission pour l'avenir des retraites» qui proposera «différentes pistes de réforme». Des décisions seront prises avant la fin de l'année, conformément à l'engagement de ­François Hollande de «négocier une nouvelle réforme des retraites» en 2013.



Pour le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, les évolutions à décider devront être «justes» et intégrer les questions «de pénibilité et de carrières interrompues». Bref, de nouvelles dépenses en perspective qui compliqueront un peu plus le retour à l'équilibre, surtout après le vote à l'été 2012 d'un retour partiel à la retraite à 60 ans pour 110.000 salariés par an. Cette mesure coûtera en effet la bagatelle de 7 milliards sur le quinquennat, financée par un relèvement des cotisations.



«Le gouvernement va se retrouver confronté au mur des réalités, confirme au FigaroÉric Woerth, l'ex-ministre du Travail. Pour les socialistes, une réforme juste, c'est offrir plus, dépenser plus. Mais ce que l'on a est déjà pas mal et ces promesses seront impossibles à tenir, sauf à augmenter démesurément les cotisations. Je souhaite bon courage au gouvernement car il ne va pas avoir d'autre choix que de reculer l'âge de départ et se contredire.»